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Les hangars... des pièces de musée
Les hangars allemands de l’aérodrome de Vannes-Meucon
Les hangars utilisés par l'association sont, à eux seuls, des pièces de musée. Le terrain est transformé en base militaire par les allemands en 1940/41 et différents hangars y sont construits par la Luftwaffe pour abriter les Heinkel HE 111 destinés à bombarder l’Angleterre. Parmi ces ouvrages 35 hangars de forme trapézoïdale sont réalisés. Aujourd’hui seuls 6 hangars existent encore, tous situés au nord-ouest du terrain. Ce sont les seuls de ce type encore debout en Europe. Trois de ces hangars sont privés, et trois appartiennent à la commune de Monterblanc, qui héberge Morbihan Aero Musée.
Par sa particularité et son histoire, le hangar N°2 a été inscrit au titre des monuments historiques le 30/12/2024 et a été suivi d’une restauration avec l’aide de la DRAC, de la Région, du Département, et de la Fondation du Patrimoine.
Une page méconnue de l’histoire aéronautique du Morbihan
L’aérodrome de Vannes-Meucon est aujourd’hui un lieu familier aux passionnés d’aviation et aux habitants du territoire. Pourtant, derrière ses pistes et ses hangars subsiste une histoire exceptionnelle, étroitement liée à la Seconde Guerre mondiale.
Un terrain d’aviation centenaire
L’armée américaine crée en 1917 un aérodrome à Locqueltas, l’activité aérienne s’implante sur le site actuel officiellement reconnu d’utilité publique en 1924.Le terrain de Vannes devient progressivement un centre important de formation aéronautique. Dans l’entre-deux-guerres, il accueille un aéro-club actif, des meetings aériens et une école de pilotage militaire dans le cadre de l’aviation populaire. À la veille de la guerre, les installations restent modestes : un simple hangar métallique, quelques bâtiments en bois et des avions légers.
Meeting du 9 aout 1936 Sources : Pierre Marchand /Air mémorial/La vie aérienne
L’arrivée des Allemands en 1940
Après la défaite française de juin 1940, l’aérodrome est investi par la Luftwaffe. Les Allemands choisissent Vannes-Meucon pour sa position stratégique : éloignée des côtes trop exposées, proche des bases navales de Lorient et de Saint-Nazaire, et bien reliée par le rail. Ils décident d’en faire un véritable aérodrome militaire moderne, capable d’accueillir des unités de bombardement, de chasse et de reconnaissance.
Dès l’été 1940 s’installe le Kampfgeschwader 100 “Viking”, une escadre d’élite équipée de bombardiers Heinkel 111, spécialisée dans le bombardement de nuit guidé par radiogoniométrie. Ces avions participent activement à la bataille d’Angleterre.
Heinkel 111 dans un hangar
Un chantier colossal
Entre 1940 et 1941, l’aérodrome est profondément transformé : deux pistes en béton sont construites, des installations de radioguidage, de défense et de transmissions sont mises en place, ainsi que des baraquements pour plusieurs milliers de soldats. Des entreprises locales, des travailleurs étrangers et des prisonniers de guerre participent à ces travaux.
Plan allemand - 1942 source: Bundesarchiv
Des hangars uniques en France
L’élément le plus remarquable est la construction de 35 hangars spécialement conçus pour les Heinkel 111. Contrairement aux hangars classiques, ils adoptent une forme trapézoïdale épousant presque exactement le profil de l’avion. Cette conception, unique en Europe, permet un camouflage efficace et une utilisation optimisée de l’espace. Les avions y sont rentrés à l’aide de tracteurs, puis ressortaient par leurs propres moyens.
Ces hangars, édifiés en béton, acier et bois, témoignent du savoir-faire industriel de l’époque et de l’importance stratégique accordée au site par l’occupant.
Hangar en construction - source Bundesarchiv
Un aérodrome au cœur de la guerre
Après le départ du KG 100 en 1941, de nombreuses autres unités allemandes se succèdent à Vannes-Meucon : escadrilles de chasse, de bombardement, de détection de mines, unités météo et d’essais. Le terrain est régulièrement visé par les bombardements alliés, notamment en 1943 et 1944. Lors de leur retraite, les Allemands sabotent une partie des installations.
À partir de l’été 1944, les forces alliées puis françaises utilisent à leur tour l’aérodrome.
Heinkel 111 repeint en noir pour les vols de nuit
De la guerre à la mémoire
Après 1946, le terrain redevient civil. La plupart des hangars sont détruits ou démantelés, envahis par la végétation ou vendus à la ferraille. Seuls six hangars subsistent aujourd’hui, au nord-ouest de l’aérodrome. Leur caractère unique et leur valeur historique ont conduit la commune de Monterblanc et le Morbihan Aero Musée à engager des démarches de protection et de restauration.
Ces hangars ne sont pas de simples bâtiments : ils constituent les derniers témoins matériels d’un épisode majeur de l’histoire locale et européenne, et rappellent le rôle stratégique qu’a joué le Morbihan dans la guerre aérienne du XXᵉ siècle.